À tester : un exercice

Un truc à tester en cas de page blanche : puisque vous n’arrivez pas à écrire, décidez justement de ne rien en faire. Oubliez tout de l’écriture pour la journée.

Le soir, avant de vous coucher, choisissez sept mots dont vous ferez une liste, à ranger par exemple dans votre smartphone. Le lendemain, consultez-la plusieurs fois. Relisez-la pendant votre pause clope, en réunion, dans l’ascenseur, au nez du patron s’il  vous enquiquine. Dans le métro ou dans les embouteillages, dégainez votre liste. Utilisez-la pour injurier le glandu qui ne redémarre pas au feu, ou pour apostropher la grand-mère qui vous a doublé dans la queue chez Super U. Plutôt que « gros naze » ou « flibustière », déclamez mentalement votre liste.

Le soir venu, jetez-y un œil avant de vous coucher. Programmez le réveil vingt minutes plus tôt le lendemain matin, prenez le temps d’écrire à la table de la cuisine, devant une tasse de café, quand tout le monde dort encore. Essayez d’utiliser les sept mots de la liste. Faites-vous plaisir.

Vos mots préférés

Quels sont les dix mots que vous aimez le plus ?

Si vous n’en savez rien, trouvez-les. Faites-en une liste, que vous garderez sur vous jalousement. Utilisez-les au moindre prétexte. Casez-les dans vos histoires, dans vos mails, dans vos conversations.

Lorsque vous aurez vécu avec eux un peu trop longtemps, lassez-vous d’eux sans vergogne. Snobez-les, soyez infidèles. Faites-leurs des scènes, claquez-leurs la porte au nez, remplacez-les à tour de bras juste après les avoir jetés dehors au beau milieu de la nuit, de préférence en plein orage.

D’autres vous attendent pour vous faire rêver ; vous savez bien ce qu’on dit après tout : « un de perdu », etc.

 

En cas de panne sèche

Il y a des jours comme ça où vous n’avez envie de rien. Sauf d’écrire, cela va de soi. Que faire si l’on ne sait plus par où commencer ? Certains préconisent d’attaquer le texte par la deuxième phrase, en oubliant l’amorce qui viendra plus tard. L’important, c’est d’écrire.

Si vraiment vous êtes à court d’idées, si vous ne parvenez pas à écrire la première, ni la deuxième, ni la douzième phrase, respirez par le ventre avec sang-froid et dites-vous bien qu’une p* de phrase, ce n’est jamais que trois choses :

sujet + verbe + complément

Et encore. Il y en a qui font fi du complément. Ne versons pas dans de pareilles extrémités, et voyons plutôt ce qu’on peut tirer de la modeste formule « sujet + verbe + complément ».

Disons qu’il nous faudra trouver, allez : dix verbes et dix substantifs. Mais d’abord, deux éventualités :

  • Vous n’avez pas de sujet. Vous êtes donc libre d’improviser comme bon vous semble. Piochez du lexique au hasard en feuilletant un dictionnaire, un recueil de poèmes, le journal, des conditions générales de vente, une mise en demeure. Choisissez vos dix substantifs et vos dix verbes. L’essentiel, c’est d’avoir des mots sous la main et, avec ces mots, de construire quelques phrases pour se sentir moins désemparé(e) face à cette satanée page blanche.
  • Vous avez une idée derrière la tête. Petits coquins ! Mais vous ne savez pas quoi en faire… Définissez au besoin votre sujet à l’aide de mots-clefs, par exemple, « déjeuner » et »restaurant ». Établissez ensuite vos deux listes sur ce thème :
    • Substantifs : fenêtre – serveur – salle – vin – brouhaha – lustre – homard – attente – emmerdeur – faim.
    • Verbes : sourire – parler – hocher la tête – s’impatienter – penser – répondre – affamer – commander – discourir – gargouiller.

Associez un substantif et un verbe : « Le serveur s’impatiente », et fermez les yeux en laissant le ou les compléments venir à vous. « Le serveur s’impatiente pendant que mon emmerdeur de collègue finasse devant la carte des vins ». Voilà, nous avons une phrase.

 

Tu trembles, carcasse

J’ai lu récemment qu’il n’y avait que deux façons de faire les choses : dans la crainte ou avec amour. D’où cette idée : contre l’angoisse de la page blanche, lutter par l’amour des mots. Construire des phrases à partir des mots qu’on aime, ceux que l’on préfère entre tous.

Quelques outils courants pour fouiner en quête de mots à aimer :

  • P. Rouaix, Trouver le mot juste. Dictionnaire des idées suggérées par les mots (Le livre de Poche). Un « recueil de mots groupés autour d’une idée, classés en ordre raisonné ». Bien utile pour baguenauder à travers champs lexicaux.
  • Le bon vieux Bescherelle de la conjugaison, avec son répertoire où l’on dégotte sans trop se fatiguer des trésors tels que « décrapouiller », « riffauder », « quarderonner », sinon opportuns, au moins distrayants et pourquoi pas inspirants.
  • Le Robert des combinaisons de mots, dir. Dominique Le Fur (éd. Le Robert), propose des entrées par substantifs en leur associant des verbes et des adjectifs aussi nombreux que variés.

Autre piste : allez faire votre marché dans un dictionnaire des synonymes (mon préféré entre tous est un dico en ligne: http://www.cnrtl.fr/synonymie/). Cherchez d’abord un mot ennuyeux, choisissez les équivalents qui vous mettent en appétit, ceux dont vous appréciez les sonorités, la rareté, la fantaisie, l’extravagance… Faites-en une liste, piochez-y de quoi écrire le début de votre chef d’œuvre en devenir. Let there be love.