Le Dictionnaire visuel

Un outil un peu inattendu que j’utilise souvent: le Bildwörterbuch.

Plaît-il ?

Le Bildwörterbuch, c’est un dictionnaire thématique en images, qui contient de la terminologie en allemand. Vous allez me dire, dubitatifs: « Ach, so… »

Pas d’inquiétude, car il en existe des versions françaises en ligne à cette adresse ou encore ici.

Côté pratique, on en fait quoi ? Par exemple, imaginons que vous ayez une envie frénétique de décrire un paysage nocturne avec voiture. En proie aux affres du manque d’inspiration, votre première tentative se résume à « La voiture roule dans la nuit ».

Vous restez sur votre faim ? Consultez le Dictionnaire visuel à la section « Transport », cherchez la page consacrée à la terminologie automobile, vous trouverez tout un tas de termes techniques alléchants à glisser deci delà pour en coller plein la vue à vous-même et – si vous fréquentez cette espèce rare – au lecteur.

Prenez par exemple le mot « calandre ». Rien qu’à le lire, j’entrevois une grosse cylindrée au moment où elle s’avance dans la pénombre d’une ruelle déserte, tous phares éteints. Rien ne nous oblige à caser « calandre » dans le texte : l’essentiel, c’est de se donner des idées, de stimuler l’envie d’écrire par le plaisir des mots.

On peut aussi exploiter tout ce vocabulaire hors contexte en optant pour la métaphore, par exemple, « Brad était caréné comme un bolide de luxe » – sans aller toutefois jusqu’à se compromettre en vantant sa moulure de pare-choc ou son gicleur de lave-glace.

 

À tester : un exercice

Un truc à tester en cas de page blanche : puisque vous n’arrivez pas à écrire, décidez justement de ne rien en faire. Oubliez tout de l’écriture pour la journée.

Le soir, avant de vous coucher, choisissez sept mots dont vous ferez une liste, à ranger par exemple dans votre smartphone. Le lendemain, consultez-la plusieurs fois. Relisez-la pendant votre pause clope, en réunion, dans l’ascenseur, au nez du patron s’il  vous enquiquine. Dans le métro ou dans les embouteillages, dégainez votre liste. Utilisez-la pour injurier le glandu qui ne redémarre pas au feu, ou pour apostropher la grand-mère qui vous a doublé dans la queue chez Super U. Plutôt que « gros naze » ou « flibustière », déclamez mentalement votre liste.

Le soir venu, jetez-y un œil avant de vous coucher. Programmez le réveil vingt minutes plus tôt le lendemain matin, prenez le temps d’écrire à la table de la cuisine, devant une tasse de café, quand tout le monde dort encore. Essayez d’utiliser les sept mots de la liste. Faites-vous plaisir.

Vos mots préférés

Quels sont les dix mots que vous aimez le plus ?

Si vous n’en savez rien, trouvez-les. Faites-en une liste, que vous garderez sur vous jalousement. Utilisez-les au moindre prétexte. Casez-les dans vos histoires, dans vos mails, dans vos conversations.

Lorsque vous aurez vécu avec eux un peu trop longtemps, lassez-vous d’eux sans vergogne. Snobez-les, soyez infidèles. Faites-leurs des scènes, claquez-leurs la porte au nez, remplacez-les à tour de bras juste après les avoir jetés dehors au beau milieu de la nuit, de préférence en plein orage.

D’autres vous attendent pour vous faire rêver ; vous savez bien ce qu’on dit après tout : « un de perdu », etc.

 

Tu trembles, carcasse

J’ai lu récemment qu’il n’y avait que deux façons de faire les choses : dans la crainte ou avec amour. D’où cette idée : contre l’angoisse de la page blanche, lutter par l’amour des mots. Construire des phrases à partir des mots qu’on aime, ceux que l’on préfère entre tous.

Quelques outils courants pour fouiner en quête de mots à aimer :

  • P. Rouaix, Trouver le mot juste. Dictionnaire des idées suggérées par les mots (Le livre de Poche). Un « recueil de mots groupés autour d’une idée, classés en ordre raisonné ». Bien utile pour baguenauder à travers champs lexicaux.
  • Le bon vieux Bescherelle de la conjugaison, avec son répertoire où l’on dégotte sans trop se fatiguer des trésors tels que « décrapouiller », « riffauder », « quarderonner », sinon opportuns, au moins distrayants et pourquoi pas inspirants.
  • Le Robert des combinaisons de mots, dir. Dominique Le Fur (éd. Le Robert), propose des entrées par substantifs en leur associant des verbes et des adjectifs aussi nombreux que variés.

Autre piste : allez faire votre marché dans un dictionnaire des synonymes (mon préféré entre tous est un dico en ligne: http://www.cnrtl.fr/synonymie/). Cherchez d’abord un mot ennuyeux, choisissez les équivalents qui vous mettent en appétit, ceux dont vous appréciez les sonorités, la rareté, la fantaisie, l’extravagance… Faites-en une liste, piochez-y de quoi écrire le début de votre chef d’œuvre en devenir. Let there be love.