DIY : exhumer des figures de style pour retravailler un texte

Le meilleur conseil d’écriture que l’on puisse donner, c’est d’écrire quotidiennement et en quantité suffisante, Hemingway par exemple nous aurait prescrit 500 mots par jour, le matin, à jeun (on peut atteindre cette quantité en quatre semaines, par exemple en commençant par 200 mots, en atteignant 300 mots la semaine suivante, etc.)

Vous allez me dire « Tout ça ma bonne dame, c’est bien beau, mais quand je m’astreins à écrire tous les jours, je ne produis que des choses forcées qui me calamitent ou me catastrophent, et pour finir je rature, j’efface, je rouscaille et je jette tout par la fenêtre, désabusé-e. »

Pas de panique, écrivez quand même – allez d’abord au bout du compte de mots que vous avez fixé, vous utiliserez ensuite les défauts de votre texte pour le rafistoler.

On peut rattraper une page mal fagotée de diverses manières, la plus simple étant d’analyser méthodiquement ce qui coince pour trouver des solutions de son propre cru, ou pour aller en piquer chez les pros.

On peut aussi chercher à enrichir le texte et donner ainsi du relief à ses phrases (quelques outils lexicaux sont suggérés dans ce post et dans celui-ci).

L’un des réflexes courants, lorsqu’on écrit à l’aveuglette, sans trop d’inspiration et « en se forçant », consiste à énumérer des mots qui montrent plusieurs facettes d’une même réalité. Par exemple, « Rosalie s’en va de grand matin par la campagne, et on la voit sur le chemin qui s’éloigne en bondissant, sautillant, caracolant et gambadant, toute guillerette, mignonnette, folâtre et hardie ».  C’est le genre de stratégie qui nous vient lorsqu’on ne sait pas trop où on va, lorsqu’on avance à tâtons en quête du mot juste.

Bonne nouvelle, ces accumulations sont déjà des figures de style. En voici deux autres, à utiliser pour leur injecter du swag :

La gradation consiste à déceler un ordre ascendant ou descendant parmi les termes que vous avez choisis. Vous les réorganisez ensuite de manière à mettre cet ordre en évidence, par exemple :

  • Ascendant : « Va, vis et deviens » (titre d’un film de Radu Mihaileanu)
  • Descendant : « Une ombre, un souffle, un rien » (La Fontaine)

Avec Rosalie, notre dévouée assistante, nous aurions :

  • Ascendant : Rosalie s’en va de grand matin par la campagne, et on la voit sur le chemin qui s’éloigne en sautillant, caracolant, gambadant et bondissant.
  • Descendant : Rosalie s’en va de grand matin par la campagne, et on la voit sur le chemin qui s’éloigne en bondissant, gambadant, caracolant et sautillant.

[Edit: dans cet exemple avec Rosalie comme dans le suivant, il y a un gros défaut qui m’avait échappé. Si vous devinez lequel, j’en ferai un post.]

Le bathos consiste à créer une rupture à l’aide du dernier terme, de façon à surprendre le lecteur tout en ajoutant un trait d’ironie :

  • « Alfred De Musset, esprit charmant, aimable, fin, gracieux, délicat, exquis, petit. » (Hugo)
  • Ici, notre chère Rosalie pourrait être mignonnette, guillerette, folâtre et adipeuse (plutôt que « hardie » dans le premier jet)

Les acrobates et les amateurs de prises de têtes peuvent aussi tester les figures suivantes :

L’épitrochasme : on s’intéresse au rythme de la phrase en choisissant (grâce au dictionnaire des synonymes ou à tout autre outil lexical) des termes qui possèdent le même nombre de syllabes

  • « …son esprit strict, droit, bref, sec et lourd » (Vigny, cité par Nicole Ricalens-Pourchot dans Lexique des figures de style, ed. Armand Colin)
  • Rosalie s’en va en bondissant, sautillant, gambadant et s’ébrouant

L’homéothéleute : chaque terme se termine par la même sonorité

  • « …ma tendrette, ma braguette, ma vergette, ma chaussette, jamais je ne te reverrai ! » (Rabelais)
  • Rosalie rentre chez elle, guillerette, mignonnette, follette et un peu pompette

La polysyndète : vous répétez une conjonction (mais-où-et-donc-or-ni-car) entre chaque terme, par exemple :

  • « …Pour que le tableau soit complet il n’y manque plus que les mouches / Et le dégoût et la fatigue et les pavillons de banlieue » (Aragon)
  • Le soir venu, Rosalie en rentrant chez elle est complètement torchée, mais elle bondit, mais elle s’ébat, mais elle gambade par les chemins dans le crépuscule, avec les lapins de garennes et les vers luisants.

Pour s’éclater comme des petits fous avec les figures de style, on peut consulter le site de l’Office Québécois de la Langue Française.

Et bonne écriture bien sûr !

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