Meanwhile dans la vraie vie

[NB : cet article porte sur le salon du livre 2017. Pour le salon du livre 2018, eh bien… on verra plus tard.]

On écrit, on écrit et puis un beau jour, on lève la tête et on se dit : « tiens, si je sortais ? »

Pour sortir en ce moment, il y a d’abord Livre Paris, où j’ai fait un petit tour hier. J’y ai notamment visité le stand E39, celui des éditions Écrire aujourd’hui. J’aime bien aller sur ce stand parce qu’on peut y faire son choix parmi tous les titres, les feuilleter, échanger avec l’éditeur Victor Bouadjio, parler d’écriture et apprendre une foule de choses. Le catalogue est à cette adresse : http://www.ecrire-aujourdhui.com/collection.htm. J’utilise pas mal ces livres, qui ont l’avantage de traiter de problèmes d’écriture très concrets, de façon ciblée, en les abordant avec pragmatisme.

Ensuite, j’ai fait un tour du côté des éditeurs à compte d’auteur et là encore, j’y ai appris nombre de choses, qui feront l’objet de moult billets futurs.

Pas le temps de chômer : ce samedi, c’était le Mazarine Book Day à l’Alcazar. Les participants avaient dix minutes pour conquérir l’enthousiasme d’une blogueuse et d’une d’éditrice, avec sous le bras un pitch et dix pages de leur chef d’œuvre : https://www.enviedecrire.com/mazarine-book-day-2/

Dimanche et lundi, je retourne au salon du livre. Ensuite, je raconterai ici plus en détails tout ce que j’ai découvert en sortant de chez moi.

DIY : exhumer des figures de style pour retravailler un texte

Le meilleur conseil d’écriture que l’on puisse donner, c’est d’écrire quotidiennement et en quantité suffisante, Hemingway par exemple nous aurait prescrit 500 mots par jour, le matin, à jeun (on peut atteindre cette quantité en quatre semaines, par exemple en commençant par 200 mots, en atteignant 300 mots la semaine suivante, etc.)

Vous allez me dire « Tout ça ma bonne dame, c’est bien beau, mais quand je m’astreins à écrire tous les jours, je ne produis que des choses forcées qui me calamitent ou me catastrophent, et pour finir je rature, j’efface, je rouscaille et je jette tout par la fenêtre, désabusé-e. »

Pas de panique, écrivez quand même – allez d’abord au bout du compte de mots que vous avez fixé, vous utiliserez ensuite les défauts de votre texte pour le rafistoler.

On peut rattraper une page mal fagotée de diverses manières, la plus simple étant d’analyser méthodiquement ce qui coince pour trouver des solutions de son propre cru, ou pour aller en piquer chez les pros.

On peut aussi chercher à enrichir le texte et donner ainsi du relief à ses phrases (quelques outils lexicaux sont suggérés dans ce post et dans celui-ci).

L’un des réflexes courants, lorsqu’on écrit à l’aveuglette, sans trop d’inspiration et « en se forçant », consiste à énumérer des mots qui montrent plusieurs facettes d’une même réalité. Par exemple, « Rosalie s’en va de grand matin par la campagne, et on la voit sur le chemin qui s’éloigne en bondissant, sautillant, caracolant et gambadant, toute guillerette, mignonnette, folâtre et hardie ».  C’est le genre de stratégie qui nous vient lorsqu’on ne sait pas trop où on va, lorsqu’on avance à tâtons en quête du mot juste.

Bonne nouvelle, ces accumulations sont déjà des figures de style. En voici deux autres, à utiliser pour leur injecter du swag :

La gradation consiste à déceler un ordre ascendant ou descendant parmi les termes que vous avez choisis. Vous les réorganisez ensuite de manière à mettre cet ordre en évidence, par exemple :

  • Ascendant : « Va, vis et deviens » (titre d’un film de Radu Mihaileanu)
  • Descendant : « Une ombre, un souffle, un rien » (La Fontaine)

Avec Rosalie, notre dévouée assistante, nous aurions :

  • Ascendant : Rosalie s’en va de grand matin par la campagne, et on la voit sur le chemin qui s’éloigne en sautillant, caracolant, gambadant et bondissant.
  • Descendant : Rosalie s’en va de grand matin par la campagne, et on la voit sur le chemin qui s’éloigne en bondissant, gambadant, caracolant et sautillant.

[Edit: dans cet exemple avec Rosalie comme dans le suivant, il y a un gros défaut qui m’avait échappé. Si vous devinez lequel, j’en ferai un post.]

Le bathos consiste à créer une rupture à l’aide du dernier terme, de façon à surprendre le lecteur tout en ajoutant un trait d’ironie :

  • « Alfred De Musset, esprit charmant, aimable, fin, gracieux, délicat, exquis, petit. » (Hugo)
  • Ici, notre chère Rosalie pourrait être mignonnette, guillerette, folâtre et adipeuse (plutôt que « hardie » dans le premier jet)

Les acrobates et les amateurs de prises de têtes peuvent aussi tester les figures suivantes :

L’épitrochasme : on s’intéresse au rythme de la phrase en choisissant (grâce au dictionnaire des synonymes ou à tout autre outil lexical) des termes qui possèdent le même nombre de syllabes

  • « …son esprit strict, droit, bref, sec et lourd » (Vigny, cité par Nicole Ricalens-Pourchot dans Lexique des figures de style, ed. Armand Colin)
  • Rosalie s’en va en bondissant, sautillant, gambadant et s’ébrouant

L’homéothéleute : chaque terme se termine par la même sonorité

  • « …ma tendrette, ma braguette, ma vergette, ma chaussette, jamais je ne te reverrai ! » (Rabelais)
  • Rosalie rentre chez elle, guillerette, mignonnette, follette et un peu pompette

La polysyndète : vous répétez une conjonction (mais-où-et-donc-or-ni-car) entre chaque terme, par exemple :

  • « …Pour que le tableau soit complet il n’y manque plus que les mouches / Et le dégoût et la fatigue et les pavillons de banlieue » (Aragon)
  • Le soir venu, Rosalie en rentrant chez elle est complètement torchée, mais elle bondit, mais elle s’ébat, mais elle gambade par les chemins dans le crépuscule, avec les lapins de garennes et les vers luisants.

Pour s’éclater comme des petits fous avec les figures de style, on peut consulter le site de l’Office Québécois de la Langue Française.

Et bonne écriture bien sûr !

DIY : améliorer l’écriture d’un texte

Voici deux méthodes méthodiques pour retravailler vos textes.

  •  Pour résoudre des difficultés ponctuelles :
  1. Relisez votre texte en surlignant le ou les passages qui vous gênent.
  2. Définissez avec le maximum de précision la nature du défaut mis en évidence : est-ce un terme trop banal, une platitude, un cliché ? Est-ce une rupture de rythme qui gêne l’harmonie d’ensemble ? Est-ce une image dissonante, fausse, maladroite ? Une syntaxe répétitive qui rend le rythme du texte monotone ?
  3. Résolvez le problème au cas par cas, en remplaçant le terme éculé par un synonyme plus relevé, en réfléchissant à un moyen de corriger la rupture rythmique, en cherchant une image plus adaptée, etc.
  • Si le texte vous paraît raté dans son ensemble, bon à jeter aux orties :
  1. Posez-vous les deux questions suivantes : « Qu’est-ce qui ne fonctionne pas dans ce texte ? » et « Qu’est-ce que je n’aime pas dans ce texte ? »
  2. Répondez à ces questions par des phrases simples, formulées le plus précisément possible. Par exemple : « c’est lourd », « ça manque d’originalité », « c’est trop brouillon », « ça fait trop « sommaire » alors que je voulais écrire une scène » (lire ici la différence entre scène et sommaire), « c’est trop forcé, on n’y croit pas », « ça s’éloigne trop de la tonalité générale de mon projet »… Il faut impérativement identifier ce qui ne vous plaît pas dans votre texte avant de pouvoir le corriger.
  3. Demandez-vous ce que vous devriez faire pour rectifier le tir (« Que puis-je faire pour rendre le texte moins lourd/brouillon/banal, etc. ? »)

Si vous ne parvenez pas à répondre spontanément à cette dernière question, choisissez un auteur que vous admirez, ouvrez l’un de ses ouvrages, trouvez une page qui vous paraît posséder la ou les qualités manquant à votre prose. Posez la question à l’envers : comment l’écrivain s’y est-il pris pour contourner la difficulté qui vous bloque ? Pourquoi son texte est-il moins lourd / plus original  / etc., etc., etc… que le vôtre ?

Utilisez les réponses à ces questions pour retravailler votre chef d’œuvre.

 

Contre la page blanche : un tour chez le libraire

Allez à la librairie ?

Oui, vous allez me dire : « Moi qui écris, que croyez-vous ma pauvre enfant, je passe le plus clair de ma vie chez le libraire, j’y vais même plus souvent qu’au Super U et quand j’arrive, le commis m’attend sur le pas de la porte avec un petit paquet qui contient dans une barquette fraîcheur ma sélection du jour composée à la carte. Merci bien, mais vos idées géniales à deux sous… »

À quoi je réponds : la ruse, c’est justement d’aller feuilleter des livres dans des endroits où on n’a encore jamais mis les pieds. C’est de découvrir des librairies spécialisées, de se donner des palpitations en visitant le magasin « sciences occultes », ou même « sciences » tout court, chez Gibert Jeune.

Testez des librairies étrangères, même si vous ne comprenez pas la langue du pays concerné, vous y trouverez des traductions que les libraires se réjouiront de vous faire découvrir.

Autres cavernes d’Ali Baba, les solderies, les dépôts-ventes, les brocantes, le rayon « Littérature » chez Leclerc… Zéro censure, quoi. On se risque à l’aventure, on s’en fout de tout, on se lâche.

Flânez, fouinez, choisissez deux ou trois bouquins qui vous plaisent. Gardez ces trésors dans un coin pour les jours de disette. En cas de page blanche, ressortez de derrière les fagots votre dernière trouvaille, de préférence la plus improbable. Restez à l’affût pendant la lecture de tout ce qui pourrait vous inspirer.

Autre utilité des expéditions chez les revendeurs de bouquins d’occase ou soldés : on y trouve de beaux livres, des ouvrages spécialisés, bref, des trucs qui valent la peau des fesses habituellement et qu’on débusque pour trois fois rien.

 

DIY : le pastiche

Dans La Délicatesse de David Foenkinos, on trouve cette intrigante note au bas de la première page : « Il y a souvent une nette tendance à la nostalgie chez les Nathalie ».

En googlant l’autre jour « prénom nathalie caractère », voici ce que j’ai trouvé sur www.journaldesfemmes.com :

« Bien qu’un peu timide, Nathalie est toujours souriante et optimiste. Elle est très réfléchie et son raisonnement est plein de finesse. Nathalie a soif de connaissances. Elle aime d’ailleurs s’accorder des moments de calme pour apprendre et réfléchir à son rythme. Malgré cela, les Nathalie sont altruistes elles font très attention aux autres et aiment leur rendre service. » (plus exactement sur cette page)

Timide, souriante, voyant l’avenir comme une promesse et affectionnant les courbes de PIB, la Nathalie de David Foenkinos dans La Délicatesse est plutôt conforme à cette description :

« Nathalie était plutôt discrète (une sorte de féminité suisse). Elle avait traversé l’adolescence sans heurt, respectant les passages piétons. A vingt ans, elle envisageait l’avenir comme une promesse. Elle aimait rire, elle aimait lire. Deux occupations rarement simultanées puisqu’elle préférait les histoires tristes. L’orientation littéraire n’étant pas assez concrète à son goût, elle avait décidé de poursuivre des études d’économie. Sous ses airs de rêveuse, elle laissait peu de place à l’à-peu-près. Elle restait des heures à observer des courbes sur l’évolution du PIB en Estonie, un étrange sourire sur le visage. »

Partant de cette idée, j’ai tenté d’utiliser un prénom pour créer un personnage à la manière de.

Le premier prénom qui m’est venu à l’esprit, c’est celui de Rosalie, ainsi portraitisée par le Journal des femmes :

« Les Rosalie sont des femmes de caractère qui ne se laissent pas marcher sur les pieds. Autoritaires et imposantes, elles sont également affirmées et influentes. Elles se montrent généralement strictes et intransigeantes n’admettant aucun écart de conduite. Cependant, cette rigidité apparente cache une sensibilité profonde et une grande générosité qu’il ne tient qu’à vous de découvrir. » (pioché ici)

D’où ce début de pastiche bricolé à partir de La Délicatesse et du Journal des femmes :

Rosalie avait une sacrée trempe (une sorte de féminité kolkhozienne). Elle avait traversé l’adolescence sur un tracteur, creusant des sillons rectilignes. A vingt ans, elle envisageait l’avenir comme une plaine féconde sous un ciel d’airain. Elle aimait le travail, elle aimait la ripaille. Deux occupations rarement simultanées puisqu’elle préférait manger dans sa cuisine. L’orientation culinaire n’étant pas assez concrète à son goût, elle avait décidé de poursuivre des études d’agriculture. Sous des dehors ventripotents, elle laissait peu de place à l’inactivité. Elle restait des heures à s’échiner jusque tard dans la nuit, un étrange sourire sur le visage.

Pour camoufler le méfait, et aussi parce que l’art du pastiche m’est encore tout à fait étranger, j’y suis allée au petit bonheur en réécrivant mon paragraphe, voici donc un très-modeste portrait de Rosalie, personnage inédit, né de mes explorations pastichatoires :

Parce qu’elle avait passé le plus clair de sa brève existence sur un tracteur à creuser des sillons rectilignes, Rosalie, du haut de ses dix-sept ans, imaginait l’avenir comme une plaine vaste et féconde sous un ciel d’airain. Elle avait toujours sur le visage une expression de bonhommie heureuse, un air calme et content qui ne laissait guère soupçonner son caractère bien trempé ni son acharnement au travail. Elle aimait le grand air, elle aimait l’élevage des dindons.

Et cetera.

Le Dictionnaire visuel

Un outil un peu inattendu que j’utilise souvent: le Bildwörterbuch.

Plaît-il ?

Le Bildwörterbuch, c’est un dictionnaire thématique en images, qui contient de la terminologie en allemand. Vous allez me dire, dubitatifs: « Ach, so… »

Pas d’inquiétude, car il en existe des versions françaises en ligne à cette adresse ou encore ici.

Côté pratique, on en fait quoi ? Par exemple, imaginons que vous ayez une envie frénétique de décrire un paysage nocturne avec voiture. En proie aux affres du manque d’inspiration, votre première tentative se résume à « La voiture roule dans la nuit ».

Vous restez sur votre faim ? Consultez le Dictionnaire visuel à la section « Transport », cherchez la page consacrée à la terminologie automobile, vous trouverez tout un tas de termes techniques alléchants à glisser deci delà pour en coller plein la vue à vous-même et – si vous fréquentez cette espèce rare – au lecteur.

Prenez par exemple le mot « calandre ». Rien qu’à le lire, j’entrevois une grosse cylindrée au moment où elle s’avance dans la pénombre d’une ruelle déserte, tous phares éteints. Rien ne nous oblige à caser « calandre » dans le texte : l’essentiel, c’est de se donner des idées, de stimuler l’envie d’écrire par le plaisir des mots.

On peut aussi exploiter tout ce vocabulaire hors contexte en optant pour la métaphore, par exemple, « Brad était caréné comme un bolide de luxe » – sans aller toutefois jusqu’à se compromettre en vantant sa moulure de pare-choc ou son gicleur de lave-glace.

 

À tester : un exercice

Un truc à tester en cas de page blanche : puisque vous n’arrivez pas à écrire, décidez justement de ne rien en faire. Oubliez tout de l’écriture pour la journée.

Le soir, avant de vous coucher, choisissez sept mots dont vous ferez une liste, à ranger par exemple dans votre smartphone. Le lendemain, consultez-la plusieurs fois. Relisez-la pendant votre pause clope, en réunion, dans l’ascenseur, au nez du patron s’il  vous enquiquine. Dans le métro ou dans les embouteillages, dégainez votre liste. Utilisez-la pour injurier le glandu qui ne redémarre pas au feu, ou pour apostropher la grand-mère qui vous a doublé dans la queue chez Super U. Plutôt que « gros naze » ou « flibustière », déclamez mentalement votre liste.

Le soir venu, jetez-y un œil avant de vous coucher. Programmez le réveil vingt minutes plus tôt le lendemain matin, prenez le temps d’écrire à la table de la cuisine, devant une tasse de café, quand tout le monde dort encore. Essayez d’utiliser les sept mots de la liste. Faites-vous plaisir.

Vos mots préférés

Quels sont les dix mots que vous aimez le plus ?

Si vous n’en savez rien, trouvez-les. Faites-en une liste, que vous garderez sur vous jalousement. Utilisez-les au moindre prétexte. Casez-les dans vos histoires, dans vos mails, dans vos conversations.

Lorsque vous aurez vécu avec eux un peu trop longtemps, lassez-vous d’eux sans vergogne. Snobez-les, soyez infidèles. Faites-leurs des scènes, claquez-leurs la porte au nez, remplacez-les à tour de bras juste après les avoir jetés dehors au beau milieu de la nuit, de préférence en plein orage.

D’autres vous attendent pour vous faire rêver ; vous savez bien ce qu’on dit après tout : « un de perdu », etc.

 

En cas de panne sèche

Il y a des jours comme ça où vous n’avez envie de rien. Sauf d’écrire, cela va de soi. Que faire si l’on ne sait plus par où commencer ? Certains préconisent d’attaquer le texte par la deuxième phrase, en oubliant l’amorce qui viendra plus tard. L’important, c’est d’écrire.

Si vraiment vous êtes à court d’idées, si vous ne parvenez pas à écrire la première, ni la deuxième, ni la douzième phrase, respirez par le ventre avec sang-froid et dites-vous bien qu’une p* de phrase, ce n’est jamais que trois choses :

sujet + verbe + complément

Et encore. Il y en a qui font fi du complément. Ne versons pas dans de pareilles extrémités, et voyons plutôt ce qu’on peut tirer de la modeste formule « sujet + verbe + complément ».

Disons qu’il nous faudra trouver, allez : dix verbes et dix substantifs. Mais d’abord, deux éventualités :

  • Vous n’avez pas de sujet. Vous êtes donc libre d’improviser comme bon vous semble. Piochez du lexique au hasard en feuilletant un dictionnaire, un recueil de poèmes, le journal, des conditions générales de vente, une mise en demeure. Choisissez vos dix substantifs et vos dix verbes. L’essentiel, c’est d’avoir des mots sous la main et, avec ces mots, de construire quelques phrases pour se sentir moins désemparé(e) face à cette satanée page blanche.
  • Vous avez une idée derrière la tête. Petits coquins ! Mais vous ne savez pas quoi en faire… Définissez au besoin votre sujet à l’aide de mots-clefs, par exemple, « déjeuner » et »restaurant ». Établissez ensuite vos deux listes sur ce thème :
    • Substantifs : fenêtre – serveur – salle – vin – brouhaha – lustre – homard – attente – emmerdeur – faim.
    • Verbes : sourire – parler – hocher la tête – s’impatienter – penser – répondre – affamer – commander – discourir – gargouiller.

Associez un substantif et un verbe : « Le serveur s’impatiente », et fermez les yeux en laissant le ou les compléments venir à vous. « Le serveur s’impatiente pendant que mon emmerdeur de collègue finasse devant la carte des vins ». Voilà, nous avons une phrase.

 

Tu trembles, carcasse

J’ai lu récemment qu’il n’y avait que deux façons de faire les choses : dans la crainte ou avec amour. D’où cette idée : contre l’angoisse de la page blanche, lutter par l’amour des mots. Construire des phrases à partir des mots qu’on aime, ceux que l’on préfère entre tous.

Quelques outils courants pour fouiner en quête de mots à aimer :

  • P. Rouaix, Trouver le mot juste. Dictionnaire des idées suggérées par les mots (Le livre de Poche). Un « recueil de mots groupés autour d’une idée, classés en ordre raisonné ». Bien utile pour baguenauder à travers champs lexicaux.
  • Le bon vieux Bescherelle de la conjugaison, avec son répertoire où l’on dégotte sans trop se fatiguer des trésors tels que « décrapouiller », « riffauder », « quarderonner », sinon opportuns, au moins distrayants et pourquoi pas inspirants.
  • Le Robert des combinaisons de mots, dir. Dominique Le Fur (éd. Le Robert), propose des entrées par substantifs en leur associant des verbes et des adjectifs aussi nombreux que variés.

Autre piste : allez faire votre marché dans un dictionnaire des synonymes (mon préféré entre tous est un dico en ligne: http://www.cnrtl.fr/synonymie/). Cherchez d’abord un mot ennuyeux, choisissez les équivalents qui vous mettent en appétit, ceux dont vous appréciez les sonorités, la rareté, la fantaisie, l’extravagance… Faites-en une liste, piochez-y de quoi écrire le début de votre chef d’œuvre en devenir. Let there be love.