L’Art de retravailler ses manuscrits

L’Art de retravailler ses manuscrits, c’est un ouvrage d’André Marquis publié chez Écrire aujourd’hui.

En soixante-quinze fiches et moult exercices (corrigés !), on y trouve une vue d’ensemble des travers d’écriture courants – ces fautes que l’on commet à tours de bras et devant lesquelles on adore se voiler la face.

Soixante-quinze fiches, c’est à peu près dix semaines de lecture à raison d’une fiche par jour.

Pour s’entraîner, si l’on rechigne à braver ses propres démons grammatico-syntaxiques, on se plongera sans désemparer dans le roman d’Aurélie Valognes, Mémé dans les orties. Car en plus d’être sehr-sehr feel good, ce best-seller est une véritable mine d’erreurs et maladresses en tous genres. Incontournable.

 

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Les devoirs de vacances de Pline le Jeune

Tous les gens qui écrivent le savent : les vacances, c’est fait pour travailler.

Travailler l’écriture, s’entend.

Pour qui en aurait ras la cafetière d’allonger des 500-mots-par-jour sans jamais en voir la fin comme un petit cheval dans le mauvais temps («qu’il avait donc du courage!»), voici quelques exercices d’écriture suggérés par Pline le Jeune.

Mais d’abord : qui est Pline le Jeune ?

Neveu de Pline l’Ancien (célèbre homme de lettres romain), Pline le Jeune naquit vers 61/62 après J.-C à Novum Comum, en Cisalpine (c’est l’actuelle Côme, célèbre pour son lac et son George Clooney ; on peut s’y rendre en moins d’une heure par le train depuis la gare de Milan-Centrale – ceci précisé à tout hasard pour ceux qui, ayant lu ces premières lignes, auraient des envies de prendre leurs jambes à leur cou).

Pour les rares qui insistent, revenons à Pline le Jeune.

De cet auteur latin ne nous est parvenue que la correspondance – une correspondance abondante traitant de sujets fort nombreux, dont celui qui nous ravit entre tous et éclaire nos cœurs : l’écriture.

On y trouve ainsi quelques exercices permettant d’affuter sa plume. Les voici :

Primo, traduire. Pour les lettrés romains du 1ersiècle, il s’agissait de traduire du grec en latin : Par là vous acquérez la justesse et la beauté de l’expression, la richesse des figures, l’abondance des développements, et dans cette imitation des auteurs les plus excellents, vous puisez le talent d’écrire comme eux – explique Pline.

(On peut donc traduire n’importe quel écrivain étranger, cela dit j’ai voulu tenter une magouille de mon cru : sur la version anglophone de Wikisource, j’ai trouvé une traduction d’Eugénie Grandet dans la langue des Spice Girls. Pardon ! je voulais dire : la langue de Shakespeare. Bref, on peut très bien partir d’un roman français déjà traduit vers l’anglais pour en traduire à son tour un passage en français et comparer le résultat avec le texte d’origine – choisir Eugénie Grandet, c’était jeter le gant à Balzac lui-même. Que d’émotions ! Et d’humilité repentante, après coup.)

Trêve de parenthèses, voici le deuxième exercice suggéré par Pline le Jeune :

Choisir un texte dont on mémorisera le sujet, et se mesurer ensuite à l’auteur en écrivant à son tour sur ce même sujet. Veiller à comparer le résultat. Quelle joie d’apercevoir qu’on a eu quelquefois l’avantage!, précise notre bon professeur Pline. Quelle confusion, si l’on est toujours demeuré au-dessous! – n’omet-il point d’ajouter.

Un troisième exercice, variante du précédent, consiste à se pencher cette fois sur une page de littérature célèbre, en se donnant pour mission d’égaler l’auteur sur son propre terrain.

Pline le Jeune conseille aussi de retravailler des textes ou encore, de varier les difficultés d’écriture en variant les genres – notamment en rédigeant un paragraphe d’histoire, une lettre ou des vers.

Pour finir, il insiste beaucoup sur un point : la lecture. Il recommande de choisir ses lectures avec soin ; de lire peu – mais uniquement les meilleures oeuvres, et de les relire souvent.

Le texte intégral de sa lettre (Livre 7, lettre IX : Pline à Fuscus) est disponible ici : https://www.roma-quadrata.com/plinelettres.html#Livre7

Et pour ne pas me donner l’air d’avoir lu toute la correspondance de Pline le Jeune dans le seul et unique dessein de déterrer pour vous ce vrai petit trésor, voici un autre trésor d’ouvrage qui réunit les lettres ayant trait de près ou de loin à l’écriture, traduites et préfacées par Nicolas Waquet :
https://www.laprocure.com/art-ecrire-pline-jeune/9782743640682.html

Bonnes vacances ? Certainement pas, vous rêvez. Bonne écriture !

Mon père disait toujours

Plus jeune, quand mes psys s’ennuyaient pendant mes thérapies, j’aimais à leur raconter des histoires pour les réveiller. Par exemple, je leur racontais des histoires à propos de mon père.

Mon père était ajusteur mécanicien – né à Paris de parents immigrés, il a grandi au Blanc-Mesnil et a appris son métier au centre d’apprentissage d’Aubervilliers. Son C.A.P. en poche, il est retourné dans son pays d’origine où il a passé quelques temps prisonnier du rideau de fer. Il a réussi à rentrer en France vers la fin des années soixante.

Est-ce donc là ce que je racontais à mes psys à l’époque de ma folle jeunesse, en partie consacrée à écumer les divans des C.M.P. ? Certes pas.

Pour qu’ils cessent de piquer du nez en feignant de s’absorber dans leur prise de notes, je leur racontais plutôt l’historiette suivante :

Ma mère était ouvrière dans l’industrie du livre, si bien que notre pavillon était toujours plein à craquer d’ouvrages de toutes sortes. Il y avait l’encyclopédie des Deux coqs d’or et celle du Robert, des dictionnaires sur tous les sujets possibles et imaginables, des oeuvres complètes éditées chez Marabout ou chez Robert Laffont, une tripotée de best-sellers, des Quid comme s’il en pleuvait et, bref, des bouquins et encore des bouquins à n’en plus finir. Nous les recevions par cartons entiers à Noël, avec la bouteille de mousseux et les boîtes de terrine rangées dans leur écrin garni de polystyrène.

Ma mère adorait les livres et j’adorais ma mère. Résultat : j’ai voulu devenir écrivaine avant même de savoir écrire.

Les dimanches après-midi, il ne se passait pas grand chose dans notre lotissement de rase campagne. Après le poulet-frites et l’épisode de Starsky et Hutch, je traînais d’une pièce à l’autre en geignant « Maman : je m’ennuiiiiiie ». Ma mère, en réponse : « Prends un livre et lis ! » Moi : « Mais j’ai déjà tout luuuuuu ». Je mentais bien sûr effrontément sur ce point mais ma mère jouait le jeu et répondait « Dans ce cas, écris-moi quelque chose qui n’existe pas encore ».

J’aimais les contes de fées, et le film E.T., sorti au cinoche quelques années plus tôt, était encore très à la mode. J’avais donc une prédilection pour les histoires romantiques où une princesse se faisait enlever par un martien venu la délivrer de son donjon en soucoupe volante.

Quand j’en avais assez d’écrire des bluettes extra-terrestres, j’allais trouver mon père à la cave, dans son atelier de bricoleur.

Comme ma mère, mon père aimait les livres, même s’il lui arrivait de ronchonner parce qu’on ne savait plus où donner de la tête dans cette maison envahie d’étagères pleines à craquer.

Réfugié à la cave, il fabriquait des meubles – par exemple, des étagères. Moi, je restais assise sur un coin d’établi et je lui tendais ses outils. C’est ainsi que j’ai appris ce qu’étaient un niveau à bulles, un serre-joint ou une clé polygonale contre-coudée. Mais surtout, j’ai appris à aimer bricoler.

D’où cette passion pour l’écriture, et ce besoin irrépressible de bidouiller les textes en imitant mon ajusteur de père lorsqu’il se penchait sur son établi pour fabriquer des bibliothèques à ses heures perdues.

A chaque fois que j’ai raconté tout ça à des psys, ils ont immédiatement cessé de piquer du nez sur leur prise de notes ou de gribouiller des dessins dans les marges et se sont exclamés en poussant des hauts cris qu’ils adoraient cette histoire. « C’est énorme ! », s’est esclaffée la dernière thérapeute en date sans me laisser finir. Elle en a même fait voleter sa paperasse, qui s’est éparpillée autour d’elle sur le tapis persan élimé.

Mais au fait, que me disait si souvent mon père ?

Eh bien, il me disait toujours : « Mieux vaut un bon ouvrier qu’un médiocre gratte-papier ».

Woxikon nettoie et fait briller

Je repensais à l’année dernière, au Mazarine Book Day, à toutes les choses qui avaient succédé – un deuxième atelier sur le roman bientôt interrompu en catastrophe, un blocage d’écriture de six mois et beaucoup trop de travail pour se poser des questions, une séance d’ostéopathie et Le Grand Déblocage, vingt-deux nouveaux projets lancés dans la foulée, vous voulez l’adresse de mon ostéo ? d’autres idées neuves en cascades, cent fois la réinvention de l’eau tiède et, bref. La vie d’artiste.

Au Mazarine Book Day 2017, j’avais croisé un individu énigmatique – cheveux blancs, veste en tweed, noeud papillon peut-être, en tout cas morgue de vieux briscard à coup sûr. Il m’avait conseillé d’avoir toujours un dictionnaire multilingue à portée de main.

Multilingue ? Mais pourquoi donc ? — avais-je alors questionné.

Et le vieux grenadier d’exposer à demi-voix comment, dans la quête sacrée du mot juste, passer d’une langue à l’autre faisait des miracles. L’idée était qu’en se laissant porter par la puissance d’évocation de synonymes en langues étrangères, on ouvrait grand la porte à l’inspiration.

Je ne me souviens plus des détails, mais il m’affirma fréquenter lui-même avec assiduité ce mystérieux dictionnaire en quête de perles rares qu’il délogeait infailliblement – «Et là votre adjectif il est… étincelant», avait-il glissé dans un murmure.

Bien sûr, nous autres la piétaille sommes encore loin de faire étinceler nos adjectifs à l’image de ce fieffé vétéran — mais qui nous empêche de lui dérober cette ruse pour passer un coup de chiffon sur nos phrases ?

Mon dico multilingue préféré : http://www.woxikon.fr

Pour faire briller sans frotter !

Meanwhile dans la vraie vie

[NB : cet article porte sur le salon du livre 2017. Pour le salon du livre 2018, eh bien… on verra plus tard.]

On écrit, on écrit et puis un beau jour, on lève la tête et on se dit : « tiens, si je sortais ? »

Pour sortir en ce moment, il y a d’abord Livre Paris, où j’ai fait un petit tour hier. J’y ai notamment visité le stand E39, celui des éditions Écrire aujourd’hui. J’aime bien aller sur ce stand parce qu’on peut y faire son choix parmi tous les titres, les feuilleter, échanger avec l’éditeur Victor Bouadjio, parler d’écriture et apprendre une foule de choses. Le catalogue est à cette adresse : http://www.ecrire-aujourdhui.com/collection.htm. J’utilise pas mal ces livres, qui ont l’avantage de traiter de problèmes d’écriture très concrets, de façon ciblée, en les abordant avec pragmatisme.

Ensuite, j’ai fait un tour du côté des éditeurs à compte d’auteur et là encore, j’y ai appris nombre de choses, qui feront l’objet de moult billets futurs.

Pas le temps de chômer : ce samedi, c’était le Mazarine Book Day à l’Alcazar. Les participants avaient dix minutes pour conquérir l’enthousiasme d’une blogueuse et d’une d’éditrice, avec sous le bras un pitch et dix pages de leur chef d’œuvre : https://www.enviedecrire.com/mazarine-book-day-2/

Dimanche et lundi, je retourne au salon du livre. Ensuite, je raconterai ici plus en détails tout ce que j’ai découvert en sortant de chez moi.

DIY : exhumer des figures de style pour retravailler un texte

Le meilleur conseil d’écriture que l’on puisse donner, c’est d’écrire quotidiennement et en quantité suffisante, Hemingway par exemple nous aurait prescrit 500 mots par jour, le matin, à jeun (on peut atteindre cette quantité en quatre semaines, par exemple en commençant par 200 mots, en atteignant 300 mots la semaine suivante, etc.)

Vous allez me dire « Tout ça ma bonne dame, c’est bien beau, mais quand je m’astreins à écrire tous les jours, je ne produis que des choses forcées qui me calamitent ou me catastrophent, et pour finir je rature, j’efface, je rouscaille et je jette tout par la fenêtre, désabusé-e. »

Pas de panique, écrivez quand même – allez d’abord au bout du compte de mots que vous avez fixé, vous utiliserez ensuite les défauts de votre texte pour le rafistoler.

On peut rattraper une page mal fagotée de diverses manières, la plus simple étant d’analyser méthodiquement ce qui coince pour trouver des solutions de son propre cru, ou pour aller en piquer chez les pros.

On peut aussi chercher à enrichir le texte et donner ainsi du relief à ses phrases (quelques outils lexicaux sont suggérés dans ce post et dans celui-ci).

L’un des réflexes courants, lorsqu’on écrit à l’aveuglette, sans trop d’inspiration et « en se forçant », consiste à énumérer des mots qui montrent plusieurs facettes d’une même réalité. Par exemple, « Rosalie s’en va de grand matin par la campagne, et on la voit sur le chemin qui s’éloigne en bondissant, sautillant, caracolant et gambadant, toute guillerette, mignonnette, folâtre et hardie ».  C’est le genre de stratégie qui nous vient lorsqu’on ne sait pas trop où on va, lorsqu’on avance à tâtons en quête du mot juste.

Bonne nouvelle, ces accumulations sont déjà des figures de style. En voici deux autres, à utiliser pour leur injecter du swag :

La gradation consiste à déceler un ordre ascendant ou descendant parmi les termes que vous avez choisis. Vous les réorganisez ensuite de manière à mettre cet ordre en évidence, par exemple :

  • Ascendant : « Va, vis et deviens » (titre d’un film de Radu Mihaileanu)
  • Descendant : « Une ombre, un souffle, un rien » (La Fontaine)

Avec Rosalie, notre dévouée assistante, nous aurions :

  • Ascendant : Rosalie s’en va de grand matin par la campagne, et on la voit sur le chemin qui s’éloigne en sautillant, caracolant, gambadant et bondissant.
  • Descendant : Rosalie s’en va de grand matin par la campagne, et on la voit sur le chemin qui s’éloigne en bondissant, gambadant, caracolant et sautillant.

[Edit: dans cet exemple avec Rosalie comme dans le suivant, il y a un gros défaut qui m’avait échappé. Si vous devinez lequel, j’en ferai un post.]

Le bathos consiste à créer une rupture à l’aide du dernier terme, de façon à surprendre le lecteur tout en ajoutant un trait d’ironie :

  • « Alfred De Musset, esprit charmant, aimable, fin, gracieux, délicat, exquis, petit. » (Hugo)
  • Ici, notre chère Rosalie pourrait être mignonnette, guillerette, folâtre et adipeuse (plutôt que « hardie » dans le premier jet)

Les acrobates et les amateurs de prises de têtes peuvent aussi tester les figures suivantes :

L’épitrochasme : on s’intéresse au rythme de la phrase en choisissant (grâce au dictionnaire des synonymes ou à tout autre outil lexical) des termes qui possèdent le même nombre de syllabes

  • « …son esprit strict, droit, bref, sec et lourd » (Vigny, cité par Nicole Ricalens-Pourchot dans Lexique des figures de style, ed. Armand Colin)
  • Rosalie s’en va en bondissant, sautillant, gambadant et s’ébrouant

L’homéothéleute : chaque terme se termine par la même sonorité

  • « …ma tendrette, ma braguette, ma vergette, ma chaussette, jamais je ne te reverrai ! » (Rabelais)
  • Rosalie rentre chez elle, guillerette, mignonnette, follette et un peu pompette

La polysyndète : vous répétez une conjonction (mais-où-et-donc-or-ni-car) entre chaque terme, par exemple :

  • « …Pour que le tableau soit complet il n’y manque plus que les mouches / Et le dégoût et la fatigue et les pavillons de banlieue » (Aragon)
  • Le soir venu, Rosalie en rentrant chez elle est complètement torchée, mais elle bondit, mais elle s’ébat, mais elle gambade par les chemins dans le crépuscule, avec les lapins de garennes et les vers luisants.

Pour s’éclater comme des petits fous avec les figures de style, on peut consulter le site de l’Office Québécois de la Langue Française.

Et bonne écriture bien sûr !

DIY : améliorer l’écriture d’un texte

Voici deux méthodes méthodiques pour retravailler vos textes.

  •  Pour résoudre des difficultés ponctuelles :
  1. Relisez votre texte en surlignant le ou les passages qui vous gênent.
  2. Définissez avec le maximum de précision la nature du défaut mis en évidence : est-ce un terme trop banal, une platitude, un cliché ? Est-ce une rupture de rythme qui gêne l’harmonie d’ensemble ? Est-ce une image dissonante, fausse, maladroite ? Une syntaxe répétitive qui rend le rythme du texte monotone ?
  3. Résolvez le problème au cas par cas, en remplaçant le terme éculé par un synonyme plus relevé, en réfléchissant à un moyen de corriger la rupture rythmique, en cherchant une image plus adaptée, etc.
  • Si le texte vous paraît raté dans son ensemble, bon à jeter aux orties :
  1. Posez-vous les deux questions suivantes : « Qu’est-ce qui ne fonctionne pas dans ce texte ? » et « Qu’est-ce que je n’aime pas dans ce texte ? »
  2. Répondez à ces questions par des phrases simples, formulées le plus précisément possible. Par exemple : « c’est lourd », « ça manque d’originalité », « c’est trop brouillon », « ça fait trop « sommaire » alors que je voulais écrire une scène » (lire ici la différence entre scène et sommaire), « c’est trop forcé, on n’y croit pas », « ça s’éloigne trop de la tonalité générale de mon projet »… Il faut impérativement identifier ce qui ne vous plaît pas dans votre texte avant de pouvoir le corriger.
  3. Demandez-vous ce que vous devriez faire pour rectifier le tir (« Que puis-je faire pour rendre le texte moins lourd/brouillon/banal, etc. ? »)

Si vous ne parvenez pas à répondre spontanément à cette dernière question, choisissez un auteur que vous admirez, ouvrez l’un de ses ouvrages, trouvez une page qui vous paraît posséder la ou les qualités manquant à votre prose. Posez la question à l’envers : comment l’écrivain s’y est-il pris pour contourner la difficulté qui vous bloque ? Pourquoi son texte est-il moins lourd / plus original  / etc., etc., etc… que le vôtre ?

Utilisez les réponses à ces questions pour retravailler votre chef d’œuvre.

 

Contre la page blanche : un tour chez le libraire

Allez à la librairie ?

Oui, vous allez me dire : « Moi qui écris, que croyez-vous ma pauvre enfant, je passe le plus clair de ma vie chez le libraire, j’y vais même plus souvent qu’au Super U et quand j’arrive, le commis m’attend sur le pas de la porte avec un petit paquet qui contient dans une barquette fraîcheur ma sélection du jour composée à la carte. Merci bien, mais vos idées géniales à deux sous… »

À quoi je réponds : la ruse, c’est justement d’aller feuilleter des livres dans des endroits où on n’a encore jamais mis les pieds. C’est de découvrir des librairies spécialisées, de se donner des palpitations en visitant le magasin « sciences occultes », ou même « sciences » tout court, chez Gibert Jeune.

Testez des librairies étrangères, même si vous ne comprenez pas la langue du pays concerné, vous y trouverez des traductions que les libraires se réjouiront de vous faire découvrir.

Autres cavernes d’Ali Baba, les solderies, les dépôts-ventes, les brocantes, le rayon « Littérature » chez Leclerc… Zéro censure, quoi. On se risque à l’aventure, on s’en fout de tout, on se lâche.

Flânez, fouinez, choisissez deux ou trois bouquins qui vous plaisent. Gardez ces trésors dans un coin pour les jours de disette. En cas de page blanche, ressortez de derrière les fagots votre dernière trouvaille, de préférence la plus improbable. Restez à l’affût pendant la lecture de tout ce qui pourrait vous inspirer.

Autre utilité des expéditions chez les revendeurs de bouquins d’occase ou soldés : on y trouve de beaux livres, des ouvrages spécialisés, bref, des trucs qui valent la peau des fesses habituellement et qu’on débusque pour trois fois rien.

 

DIY : le pastiche

Dans La Délicatesse de David Foenkinos, on trouve cette intrigante note au bas de la première page : « Il y a souvent une nette tendance à la nostalgie chez les Nathalie ».

En googlant l’autre jour « prénom nathalie caractère », voici ce que j’ai trouvé sur www.journaldesfemmes.com :

« Bien qu’un peu timide, Nathalie est toujours souriante et optimiste. Elle est très réfléchie et son raisonnement est plein de finesse. Nathalie a soif de connaissances. Elle aime d’ailleurs s’accorder des moments de calme pour apprendre et réfléchir à son rythme. Malgré cela, les Nathalie sont altruistes elles font très attention aux autres et aiment leur rendre service. » (plus exactement sur cette page)

Timide, souriante, voyant l’avenir comme une promesse et affectionnant les courbes de PIB, la Nathalie de David Foenkinos dans La Délicatesse est plutôt conforme à cette description :

« Nathalie était plutôt discrète (une sorte de féminité suisse). Elle avait traversé l’adolescence sans heurt, respectant les passages piétons. A vingt ans, elle envisageait l’avenir comme une promesse. Elle aimait rire, elle aimait lire. Deux occupations rarement simultanées puisqu’elle préférait les histoires tristes. L’orientation littéraire n’étant pas assez concrète à son goût, elle avait décidé de poursuivre des études d’économie. Sous ses airs de rêveuse, elle laissait peu de place à l’à-peu-près. Elle restait des heures à observer des courbes sur l’évolution du PIB en Estonie, un étrange sourire sur le visage. »

Partant de cette idée, j’ai tenté d’utiliser un prénom pour créer un personnage à la manière de.

Le premier prénom qui m’est venu à l’esprit, c’est celui de Rosalie, ainsi portraitisée par le Journal des femmes :

« Les Rosalie sont des femmes de caractère qui ne se laissent pas marcher sur les pieds. Autoritaires et imposantes, elles sont également affirmées et influentes. Elles se montrent généralement strictes et intransigeantes n’admettant aucun écart de conduite. Cependant, cette rigidité apparente cache une sensibilité profonde et une grande générosité qu’il ne tient qu’à vous de découvrir. » (pioché ici)

D’où ce début de pastiche bricolé à partir de La Délicatesse et du Journal des femmes :

Rosalie avait une sacrée trempe (une sorte de féminité kolkhozienne). Elle avait traversé l’adolescence sur un tracteur, creusant des sillons rectilignes. A vingt ans, elle envisageait l’avenir comme une plaine féconde sous un ciel d’airain. Elle aimait le travail, elle aimait la ripaille. Deux occupations rarement simultanées puisqu’elle préférait manger dans sa cuisine. L’orientation culinaire n’étant pas assez concrète à son goût, elle avait décidé de poursuivre des études d’agriculture. Sous des dehors ventripotents, elle laissait peu de place à l’inactivité. Elle restait des heures à s’échiner jusque tard dans la nuit, un étrange sourire sur le visage.

Pour camoufler le méfait, et aussi parce que l’art du pastiche m’est encore tout à fait étranger, j’y suis allée au petit bonheur en réécrivant mon paragraphe, voici donc un très-modeste portrait de Rosalie, personnage inédit, né de mes explorations pastichatoires :

Parce qu’elle avait passé le plus clair de sa brève existence sur un tracteur à creuser des sillons rectilignes, Rosalie, du haut de ses dix-sept ans, imaginait l’avenir comme une plaine vaste et féconde sous un ciel d’airain. Elle avait toujours sur le visage une expression de bonhommie heureuse, un air calme et content qui ne laissait guère soupçonner son caractère bien trempé ni son acharnement au travail. Elle aimait le grand air, elle aimait l’élevage des dindons.

Et cetera.

Le Dictionnaire visuel

Un outil un peu inattendu que j’utilise souvent: le Bildwörterbuch.

Plaît-il ?

Le Bildwörterbuch, c’est un dictionnaire thématique en images, qui contient de la terminologie en allemand. Vous allez me dire, dubitatifs: « Ach, so… »

Pas d’inquiétude, car il en existe des versions françaises en ligne à cette adresse ou encore ici.

Côté pratique, on en fait quoi ? Par exemple, imaginons que vous ayez une envie frénétique de décrire un paysage nocturne avec voiture. En proie aux affres du manque d’inspiration, votre première tentative se résume à « La voiture roule dans la nuit ».

Vous restez sur votre faim ? Consultez le Dictionnaire visuel à la section « Transport », cherchez la page consacrée à la terminologie automobile, vous trouverez tout un tas de termes techniques alléchants à glisser deci delà pour en coller plein la vue à vous-même et – si vous fréquentez cette espèce rare – au lecteur.

Prenez par exemple le mot « calandre ». Rien qu’à le lire, j’entrevois une grosse cylindrée au moment où elle s’avance dans la pénombre d’une ruelle déserte, tous phares éteints. Rien ne nous oblige à caser « calandre » dans le texte : l’essentiel, c’est de se donner des idées, de stimuler l’envie d’écrire par le plaisir des mots.

On peut aussi exploiter tout ce vocabulaire hors contexte en optant pour la métaphore, par exemple, « Brad était caréné comme un bolide de luxe » – sans aller toutefois jusqu’à se compromettre en vantant sa moulure de pare-choc ou son gicleur de lave-glace.